dimanche 18 juin 2017

Pastel et Manufactures Royales en Haut Languedoc

Une petite page d'histoire locale.



Mémoire de teinture d'Antoine Janot, Directeur d'une  manufacture Royale à St Chinian (Hérault). Échelle des bleus destinée au marché du Levant. XVIIIème siècle (Archives Départementales de l'Hérault, France 2017)


Courniou se situe dans le nord ouest de l'Hérault (France) à la limite du département du Tarn. Le passé historique de cette région nous transporte directement au XVIIIème siècle lorsque le textile et l'élevage du mouton étaient encore les principales activités économiques locales. Dans un rayon de 30 Km, à St Pons de Thomières, St Chinian et Bize Minervois, quatre manufactures royales produisaient les fameux "Londrins", draps de laine foulée qui ont fait la renommé de la draperie languedociènne en étant exportés sur les marché du Levant via le port de Marseille.



Le Londrin large était une des qualités de drap produits dans une manufacture de St Pons de Thomières à cinq kilomètres de Courniou. (Archives Départementales de l'Hérault, France 2017)

A St Pons de Thomières, au 17ème siècle, plusieurs manufactures sont créées. La plus importante appartient à la famille Amblart et se verra attribuée le titre de Manufacture Royale en 1754 alors qu'elle est gérée par Jean Marie Amblart, fils du créateur Jean Pierre Amblart. A cette période d'importants travaux d'agrandissement sont entrepris tel que la création de la teinturerie. Au décès de Jean Marie l'établissement est légué à la marquise  Rose de Villeneuve fille héritière. Le déclin commence alors et c'est en 1802 que la marquise vend la manufacture à un certain Denis Gely qui va lui redonner une légère impulsion de reprise jusqu'au milieu du XIXème siècle, période du déclin de la draperie languedocienne.


Le Pastel dans les Manufactures Royales



Cocagnes. Feuilles de Pastel broyées, fermentées puis séchées en boule. Courniou juillet 2016.

Les cocagnes ont été utilisées jusqu'au XIXème siècle pour la fabrication d'agranat qui servait pour assoir (préparer) les cuves de bleu par les teinturiers en grand teint. Cet agranat était fabriqué par une seconde fermentation des cocagnes après avoir été concassées avec des maillets de bois ou reportées au moulin. Après plusieurs semaines de fermentation le Pastel était prêt pour le transport vers les teintureries dans toute l'Europe. Malgré la lenteur de ce processus de fabrication, l'utilisation du Pastel présentait l'avantage d'apporter une matière colorante ainsi qu'une matière fermentescible riche en bactéries très utile pour la réduction de l'indigo.

 En 1737 Philibert Orry, contrôleur des finances de Louis XV modifie la réglementation de Colbert sur la teinture en grand et bon teint. Cette modification apporte un élément majeur dans la teinture en bleu. L'Indigo d'origine tropicale, beaucoup plus riche en indigotine, jusque là interdit par les différents règlements pour préserver l'économie florissante du Pastel, est enfin autorisé en France et va très vite le devenir dans toute l'Europe. Le Pastel sera encore cultivé pendant plus d'un siècle mais il aura le rôle unique de réducteur dans les cuves qui, à cette période sont pratiquement toutes renforcées à l'indigo tropical. Suite à la découverte de la réduction par l'hydrosulfite de soude par Paul Schützemberger et Felix de Lalande en 1869, le Pastel n'aura plus aucune utilité. Il va totalement disparaitre des champs et teintureries. La synthèse de l'indigo, par Adolphe Von Bayer, commercialisé par la firme allemande BASF en 1889, va même faire disparaitre l'indigo tropical des ateliers de teinture.

Actuellement en 2017, l'hydrosulfite de soude est toujours utilisé comme agent réducteur d'indigo tant par la teinture industrielle qu'artisanale. Avec l'indigo synthétique ce sont des sources importantes de pollution des rivières des pays producteurs de textile notamment en Asie.

Étalon d'écarlate d'une manufacture royale. (Archives Départementales de l'Hérault, France 2017)


Un siècle d'oubli total avant que M Gilbert Delahaye redonne vie au Pastel dans le Tarn vers 1975. Plusieurs années de recherches et expérimentations lui ont permis de reconstituer une méthode d'extraction d'indigo du Pastel mise au point au début du XIXème siècle.

Actuellement en France le Pastel est devenu un produit purement marketing et promotionnel. Certaines sociétés peu scrupuleuses se servent de cette plante, comme vitrine commerciale pour attirer le tourisme industriel, même s'il ne maîtrisent ni la production de pigment, ni les techniques de teinture anciennes.


L'absence de réglementation en terme de production de pigment et de teinture naturelle ouvre la porte à tous styles de contrefaçons.


Article rédigé par David Santandreu 
Crédit photographique David Santandreu
 

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